Troubles du sommeil

Le bruxisme

Serrer ou grincer des dents la nuit n'est pas anodin. Le bruxisme use les dents et perturbe le sommeil. Comprendre ses causes pour mieux le gérer.

Par Camille · mis à jour récemment · lecture 9 min
Le bruxisme

Grincer des dents durant son sommeil ou serrer la mâchoire au bureau n'a rien d'une simple mauvaise habitude. Le bruxisme est une activité musculaire involontaire qui touche une part non négligeable de la population, souvent sans qu'elle le sache. Plus qu'un problème dentaire, c'est un trouble qui peut dégrader la qualité du sommeil et générer des douleurs chroniques.

Qu'est-ce que le bruxisme ?

Le bruxisme désigne une contraction répétée et involontaire des muscles de la mâchoire. Il peut se manifester de deux manières principales. Le bruxisme « statique » consiste en un serrement continu des dents, sans mouvement ni bruit. Le bruxisme « dynamique », lui, se caractérise par des frottements et des grincements audibles, le plus souvent pendant la nuit.

On distingue le bruxisme d'éveil, qui a lieu en journée, du bruxisme du sommeil. Ce dernier est classé comme un trouble du mouvement lié au sommeil. Il est souvent associé à des micro-réveils, de très courtes interruptions du sommeil (3 à 15 secondes) qui fragmentent les cycles et altèrent les phases de sommeil profond et paradoxal, pourtant essentielles à la récupération physique et nerveuse.

La force exercée lors de ces contractions est considérable : jusqu'à 400 kg pour un homme et 300 kg pour une femme. Cette pression, appliquée directement sur les dents, explique les dommages importants qu'elle peut causer à long terme.

Qui est concerné ?

Le bruxisme est un trouble fréquent mais largement sous-diagnostiqué. On estime qu'il affecte entre 8 et 13 % de la population adulte en France. La tranche d'âge la plus touchée est celle des 25-45 ans.

Sa prévalence tend à diminuer avec l'âge :

  • Il est courant chez les enfants (14 à 20 %).
  • Il concerne 8 à 12 % des adolescents.
  • Il touche 3 à 5 % des adultes plus âgés.

Le bruxisme d'éveil serait plus répandu, touchant environ 20 % des adultes, avec une prédominance féminine. Le bruxisme du sommeil, quant à lui, concernerait environ 8 % des adultes. Ces chiffres masquent une réalité simple : beaucoup de personnes grincent des dents sans le savoir, jusqu'à ce qu'un partenaire s'en plaigne ou qu'un dentiste constate les dégâts.

Les causes : bien plus qu'une simple habitude

Le bruxisme est considéré comme un trouble multifactoriel, mais les causes psychosociales sont presque toujours au premier plan. Le stress, l'anxiété, la colère contenue ou une forte tension émotionnelle sont les principaux déclencheurs identifiés. La mâchoire devient un exutoire pour des tensions qui ne s'expriment pas autrement.

D'autres facteurs peuvent initier ou aggraver le phénomène :

  • Les troubles du sommeil associés : Le syndrome d'apnées du sommeil est fréquemment lié au bruxisme.
  • La consommation de substances : L'alcool, le tabac et la caféine sont des excitants qui peuvent favoriser les contractions musculaires nocturnes.
  • Certains médicaments : Des traitements, notamment certains antidépresseurs de la famille des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), peuvent avoir le bruxisme comme effet secondaire.
  • La prise de drogues illicites : La cocaïne ou l'ecstasy sont également connues pour provoquer ce type de manifestation.

Une prédisposition génétique est aussi évoquée, tout comme des problèmes de malocclusion dentaire (un mauvais alignement des mâchoires), bien que ce dernier point soit aujourd'hui plus débattu.

Les conséquences sur les dents et le sommeil

Les effets du bruxisme ne sont pas à prendre à la légère. Ils se manifestent à plusieurs niveaux.

Sur le plan dentaire et physique :

  • Usure prématurée des dents : L'émail est limé, les dents se raccourcissent, deviennent sensibles au chaud et au froid, et peuvent même se fracturer.
  • Douleurs à la mâchoire : Des douleurs au niveau de l'articulation temporo-mandibulaire (ATM), juste devant les oreilles, sont fréquentes, avec des craquements ou des difficultés à ouvrir grand la bouche.
  • Maux de tête : Des céphalées de tension, particulièrement présentes au réveil, sont un symptôme typique.
  • Tensions musculaires : Des douleurs peuvent irradier dans le visage, le cou et jusqu'aux épaules.

Sur la qualité du sommeil :

  • Un sommeil fragmenté : Les micro-réveils associés au bruxisme empêchent d'atteindre un sommeil profond et réparateur, même si le dormeur n'en a pas conscience.
  • Une fatigue diurne : La mauvaise qualité du sommeil peut entraîner une somnolence et un manque d'énergie pendant la journée.
  • Une nuisance pour le partenaire : Le bruit du grincement peut être très dérangeant pour la personne qui partage le lit.

Quelles solutions pour soulager le bruxisme ?

Il n'existe pas de traitement unique pour guérir le bruxisme, mais une approche combinée permet de le gérer efficacement. L'objectif est double : protéger les dents et agir sur la cause profonde.

  • La gouttière occlusale : C'est la solution la plus courante. Réalisée sur mesure par un dentiste, cette gouttière en résine se porte la nuit. Elle n'empêche pas de serrer les dents, mais elle protège l'émail de l'usure et répartit mieux les forces, ce qui aide à soulager les muscles et les articulations.
  • La gestion du stress : Puisque le stress est le principal moteur du bruxisme, toutes les techniques visant à le réduire sont bénéfiques. La méditation, le yoga, la sophrologie ou encore les thérapies comportementales et cognitives (TCC) ont montré leur efficacité pour apprendre à mieux gérer les tensions.
  • L'hygiène de vie : Il est conseillé de réduire, voire d'arrêter, la consommation de stimulants comme le café, l'alcool et le tabac, surtout en fin de journée. Adopter une routine de coucher relaxante peut également aider à préparer le corps à un sommeil plus apaisé.
  • Les approches physiques : La kinésithérapie ou l'ostéopathie peuvent être utiles pour travailler sur les tensions musculaires du visage, du cou et des épaules et soulager les douleurs associées.

Dans les cas les plus sévères et résistants, des injections de toxine botulique dans les muscles de la mâchoire peuvent être envisagées par un médecin spécialiste pour diminuer leur force de contraction. Des médicaments (relaxants musculaires, anxiolytiques) peuvent aussi être prescrits, mais uniquement sur de courtes périodes en raison de leurs effets secondaires.

Quand faut-il consulter ?

Il est temps de prendre rendez-vous si vous reconnaissez un ou plusieurs de ces signes :

  • Votre partenaire vous signale que vous grincez des dents la nuit.
  • Vous vous réveillez régulièrement avec la mâchoire contractée, des douleurs au visage ou des maux de tête.
  • Vous remarquez que vos dents sont plus courtes, usées ou sensibles.

Le premier interlocuteur est souvent le chirurgien-dentiste. Il est le seul à pouvoir confirmer le diagnostic en examinant votre dentition et à pouvoir confectionner une gouttière adaptée.

Votre médecin traitant est également un interlocuteur clé pour discuter des causes possibles, comme le stress ou l'anxiété, et vous orienter si besoin vers un autre spécialiste.

Enfin, une consultation dans un centre du sommeil peut s'avérer nécessaire si le bruxisme est très sévère ou s'il est suspecté d'être lié à un autre trouble du sommeil comme l'apnée. Un enregistrement du sommeil (polysomnographie) permettra alors de poser un diagnostic complet. Dans tous les cas, ne restez pas seul avec ce problème ; des solutions existent pour vous soulager.

Questions fréquentes

Mon dentiste me propose une gouttière. Est-ce que ça va guérir mon bruxisme ?

Non, la gouttière occlusale ne guérit pas le bruxisme mais en gère les conséquences. Elle protège vos dents de l'usure et aide à détendre les muscles de la mâchoire, réduisant les douleurs. Pour traiter la cause, il faut souvent s'attaquer aux facteurs déclenchants comme le stress.

Comment savoir si je grince des dents la nuit ?

Souvent, c'est le conjoint qui s'en aperçoit à cause du bruit. D'autres signes peuvent vous alerter : des douleurs à la mâchoire, des maux de tête au réveil, une sensibilité dentaire ou des dents visiblement usées. Votre dentiste est le mieux placé pour confirmer le diagnostic lors d'un examen.

Le bruxisme de mon enfant est-il inquiétant ?

Le bruxisme est assez fréquent chez les enfants et disparaît souvent spontanément avec l'âge et la mise en place de la dentition définitive. Cependant, si cela s'accompagne de douleurs, d'une usure importante des dents ou de troubles du sommeil, il est conseillé de consulter un dentiste ou un pédiatre.

Article d'information générale. Il ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas une consultation avec un professionnel de santé.